L’agilité disruptive du design thinking dématérialisé

Tout a commencé autour d’une blague entre collègues… comme souvent. En début de soirée, peut-être un peu fatigués par la journée de travail qui était sur le point de s’achever, quelqu’un nous lance sur le thème suivant : « Quelles sont les qualités essentielles que doit avoir un « bon » consultant ? » Plutôt que de prendre la question au sérieux, l’échange dérive sur le vocabulaire que devrait maîtriser ce « bon » consultant pour prétendre de ses compétences : « Agilité », « Approche disruptive », « Out of the box », « Design thinking », « Digitalisation »… Quand soudain je lance à la cantonade : « L’agilité disruptive du design thinking dématérialisé. »

Bingo ! « Avec ça tu remportes à coup sûr le marché », « Tu as trouvé la formule magique pour faire milker le client »… et c’est parti pour délirer sur d’autres termes de novlangue empruntés au monde du marketing, du conseil, ou encore à celui de la formation. Bref, une bonne crise de rire pour nous détendre l’esprit… juste ce qu’il nous fallait avant de rentrer chez nous. Chemin faisant cependant, je ne pouvais m’empêcher de penser à ces deux pubs du cabinet de management Kohé :

Elles aussi elles m’avaient bien fait rire, et pour les mêmes raisons que celles qui ont alimenté le délire avec mes collègues un peu plus tôt.

Ce n’est pas tant l’effet « Lost in translation » qui m’avait perturbé. Et si je suis conscient de l’utilité du branding et du merchandising pour vendre ses produits – après tout, c’est le client qui est aussi en demande de ça – ce que je garde à l’esprit, et que Kohé retranscrit intelligemment dans ses clips, c’est qu’il y a deux choses essentielles qu’il ne faut jamais perdre à l’esprit : le contenu, et le contenant.

Le contenu concerne tout aussi bien la matière qui est transférée, que la manière dont elle est transmise. Il englobe les connaissances et leurs constants enrichissements en croisant les informations issues de sources diverses et variées. Le contenu inclut aussi les méthodes d’acquisition de ces connaissances, de leur transfert opérationnel, et de leur appropriation par les apprenants. En cela, il s’adresse donc aux savoirs, aux savoirs-faire, et aux savoirs faire-faire. En tant que neuroscientifique, je n’ai que trop souvent vu passer des « approches appliquées au monde de l’entreprise » dignes des meilleurs scénarii de neuro-washing.

Le contenant concerne l’entité qui véhicule le contenu. Il s’adresse donc tout aussi bien aux membres qui constituent ladite entité, qu’à l’entreprise qui matérialise cette entité. Existe-t-il un sens dans les démarches mises en place ? Y a-t-il de la cohérence dans les actions ? Les valeurs sont-elles claires ? Et la culture, s’il y en a une, est-elle portée et partagée par l’ensemble des acteurs ? L’idée n’est pas d’aboutir à une uniformisation des pensées, ni à une sélection d’élites digne de Gataca, mais de véhiculer au travers de nos différences interindividuelles un vecteur clair et lisible qui traduit une directionnalité visible par tous. Les cordonniers sont les plus mal chaussés. Cette expression vous parle ? Là encore, on ne dénombre plus les contenants qui n’incarnent pas les notions susmentionnées, soit par les choix qui ont été dictés et qui démobilisent les acteurs, soit par les acteurs en question qui, n’y croyant pas ou plus, corrompent la nature même du message véhiculé… et donc de fait, du contenu.

Oui mais voilà : comment séparer le blé de l’ivraie ? Et, pour rebondir sur la question initiale qui a inspiré ce post, comment savoir finalement que mon consultant est bon ? « Talk is cheap » disent nos amis Anglo-saxons, et il n’y a donc qu’une seule manière pour vérifier cela : testez-le ! Et si le risque de vous tromper vous retient toujours, usez donc d’outils pour vous couvrir de l’asymétrie d’information. Comment ? Je vous le dirai dans un prochain post.

Riadh Lebib
Consultant, Project Manager & Research Scientist at ArnavA